"Entre conformismes et changements : le monde de la lèpre au Mali"
in Soigner au Pluriel. Editions Karthala. Paris. France

 


Résumé - Abstract

présenté aux Journées AMADES "Soigner au pluriel"
18-19 novembre 1993, Aix en Provence, France

 

 

De prime abord, la rencontre entre le monde occidental et le monde africain dans le cadre de la lutte contre la lèpre en Afrique de l'ouest s'est calqué sur des rapports dominant / dominé. Par le biais du principal centre de soins antilépreux situé à Bamako et du service des grandes endémies, le système colonial occidental imposait ses institutions et au delà, ses propres conceptions de la maladie et des soins. Les systèmes de soins locaux furent négligés, voir combattus, et se replièrent dans une "clandestinité" toute relative. Parallèlement au système de soins spécialisé, les structures nationales de Santé publique donnent depuis dix ans une place importante aux pharmacopées locales et essaient d'intégrer les thérapeutes locaux dans leurs activités. Beaucoup de médecins et infirmiers maliens s'impliquent dans cette démarche, proximité culturelle et logiques sociales aidant. Occultation des formes locales de pensée ou Intérêt pour leurs expressions pratiques, les deux attitudes se répercutent actuellement sur les rapports entre soignants et malades.

Systèmes de soins et acteurs de santé sont loin d'avoir les même logiques. L'Institut Marchoux et le quartier de Jikòrònin (Djikoroni) formé par les familles d'anciens malades sont l'épicentre d'un système social organisé autour de la lèpre. En son sein se côtoient différents acteurs : les soignants regroupés sous un même vocable : dògòtòrò (médecins maliens et français, infirmiers et aides-soignants maliens), les administratifs (direction, agents sociaux et manuvres) et les "malades" (surtout anciens malades). Y prennent également place les religions : le catholicisme par le biais de la mission et des institutions caritatives (dons humanitaires), et l'islam. Au delà du système institutionnel, tel qu'il a été conçu et perçu par les occidentaux, monolithique et hiérarchisé, il en existe une forme remaniée, objet d'enjeux sociaux souvent méconnus des autorités. En ville comme en brousse, les praticiens "traditionnels" de la lèpre ont leur place dans les recours thérapeutiques ; place que leur statut social, les fondements culturels de leurs pratiques, mais surtout leur savoir phytothérapique leur permettent de négocier plus ou moins efficacement avec le système officiel de santé. Une des nombreuses formes de syncrétisme de savoirs et de pratiques qui résultent de cette situation de pluralisme, mais aussi la plus spécifique, se trouve être la personne du "soignant-lépreux".

Un rappel sur les conceptions locales de la maladie et du malade nous permettra de mieux comprendre leurs spécificités ; puis nous aborderons : les rapports entre "médecines" de la lèpre, les positions des soignants les uns par rapport aux autres ; comment le malade fait ses choix thérapeutiques et comment il s'implique dans les jeux sociaux ·

(L'article édité est une version réduite de l'étude originalement présentée)

 
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